Un territoire exposé au risque

Le TRI de Châlons-en-Champagne


Union européenne

En France, 122 zones les plus exposées au risque inondation ont été identifiées et sont dénommées «Territoires à Risques importants d’Inondation», dits TRI. L’identification de ces territoires est basée sur des critères nationaux tels que le caractère dangereux de l’inondation ou la présence d’enjeux sur ce secteur.

Cette dénomination permet de prioriser, sur ce territoire, les actions et les moyens nationaux de l’Etat dans sa politique de gestion des inondations.

Voir la carte des 122 TRI identifiés en France (https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/prevention-des-inondations#e6)

C’est dans la Champagne crayeuse, à l’aval de Vitry-le-François, que se trouvent les 32 communes composant le TRI de Châlons-en-Champagne. Elles regroupent près de 72 00 habitants dont la majorité (63 %) vit dans la ville de Châlons.

Carte

Aigny
Athis
Aulnay-sur-Marne
Châlons-en-Champagne
La Chaussée-sur-Marne
Cheppes-la-Prairie
Chepy
Cherville
Compertrix
Condé-sur-Marne
Coolus
Écury-sur-Coole
Fagnières
Jâlons
Juvigny
Mairy-sur-Marne

Matougues
Moncetz-Longevas
Omey
Pogny
Recy
St-Germain-la-Ville
St-Gibrien
St-Martin-aux-Champs
St-Martin-sur-le-Pré
St-Memmie
Sarry
Sogny-aux-Moulins
Togny-aux-Boeufs
Vésigneul-sur-Marne
Vitry-la-Ville
Vraux

Le pôle urbain (Châlons-en-Champagne, Compertrix, Fagnières, Saint-Martin-sur-le-Pré et Saint-Memmie) compte de nombreuses activités économiques faisant de lui le 4e pôle d’emplois de l’ancienne région Champagne-Ardenne. L’agriculture est également une des richesses économiques du territoire et en dessine le paysage.
D’une superficie de 405 km2, le TRI est traversé par la Marne sur 60 km. La plaine inondable y est large, pouvant atteindre plus de 3 km à certains endroits.
La présence de constructions dans ce secteur où le risque de débordement est accru en fait un territoire particulièrement exposé au risque inondation.

Sur chaque TRI, le risque est cartographié et les secteurs potentiellement impactés par les eaux sont mis en évidence.
Ces cartes représentent l’étendue de la zone inondée selon plusieurs scénarios d’inondation. Sur le TRI de Châlons-en-Champagne, la crue de forte probabilité correspond à une crue dont la période de retour est d’environ 20 ans. Cela ne signifie pas que cette crue se produira tous les 20 ans mais qu’elle a, chaque année, un risque sur 20 de se produire.

Forte probabilité

période de retour :

20 ans

(crue 1983)

Moyenne probabilité

période de retour :

100 ans

(crue 1924)

Faible probabilité

période de retour :

+1000 ans

L’étude des inondations historiques permet d’estimer les hauteurs d’eau atteintes lors des crues de la Marne. En novembre 1924, la rivière atteignait 3,25 m à La Chaussée-sur-Marne alors qu’elle dépassait les 5,5 m à Châlons-en-Champagne.

La crue de 1924, considérée comme crue centennale, est à ce jour la plus forte survenue sur le secteur entre Saint-Dizier et Château-Thierry. La vue aérienne ci-dessous permet de visualiser la surface, et donc les enjeux, qui serait touchée si une telle crue se produisait aujourd’hui.

Surface inondable en cas de crue centennaleSource : Cartographie du TRi

Crue Châlons-en-Champagne

Zoom sur : une crue à Châlons-en-Champagne

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Les inondations, quelles conséquences sur le territoire ?


À l’échelle du TRI, des études ont été menées afin de mieux connaître la vulnérabilité du territoire et d’identifier les enjeux humains, bâtis, économiques, environnementaux, etc.

Les inondations en quelques chiffres

Aujourd’hui, une crue de moyenne probabilité c’est :
Visuel 13 114 habitations touchées dont 11 515 situées à Châlons-en-Champagne.
Visuel11 établissements scolaires inondés.
Visuel17 zones d’activités impactées
Plus de Visuel300 exploitations agricoles concernées.

Les inondations peuvent donc avoir de graves conséquences sur les personnes, les activités économiques, les bâtiments, le patrimoine naturel ou culturel, etc.

À la suite de ces évènements, de nombreux dégâts sont à déplorer. Bien que les inondations les plus importantes (longues durées, hauteurs d’eau élevées) soient les plus dévastatrices, une submersion de 20 cm durant 24h dans un bâtiment peut engendrer des conséquences non négligeables :
- Séchage durant plusieurs jours (mur, mobilier, sol, etc.),
- Remplacement des matériaux détériorés (moquette, placo, etc.),
- Absence de chauffage due à l’endommagement du circuit électrique,
- Relogement temporaire,
- Remplacement des menuiseries,
- Etc.

Pour les entreprises, ces conséquences peuvent avoir des répercussions sur leur santé économique. Dégradation des stocks (matières premières ou produits finis), arrêt d’activité, atteinte à l’image, paralysie d’un fournisseur… la perte financière peut être importante et toutes les entreprises ne s’en relèvent pas.

L’impact d’une inondation ne se limite pas seulement à la zone touchée par les eaux…

Et les réseaux ?

Au XXIe siècle, les réseaux (électricité, assainissement, téléphone, Internet, etc.) sont très développés, souvent en souterrain, et régissent une part importante du quotidien. Lors d'une inondation, certaines infrastructures, comme celles des fournisseurs d'électricité, peuvent être contraintes de stopper leur activité.

Dans ce cas, un large secteur sera impacté, même en dehors de la zone inondée. Ces coupures d’électricité peuvent elles-mêmes engendrer la paralysie d’un autre fournisseur… et tout s’enchaine. Les conséquences d'une inondation liées à l'interdépendance de ces réseaux sont susceptibles de se prolonger après l'inondation (réparation de réseaux endommagés, remplacement de matériel, etc.). Ces effets dominos sont donc pris en compte dans la gestion du risque.

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Protection : les aménagements du bassin


Face à cette réalité, des aménagements sont progressivement installés sur le bassin. En 1846, le canal latéral de la Marne est mis en service. À l’origine long de 63 km, il mesure aujourd’hui 67 km et a pour principale fonction de doubler la Marne dans sa partie non-navigable. A sa construction, une digue est créée entre la Marne et le canal afin de le protéger des crues du cours d’eau. Après chaque grande crue (1910, 1924, 1955) cette digue a été confortée et rehaussée par une sur-digue, limitant ainsi les débordements.

Plus tard, en 1927, une digue est créée pour protéger le quartier Madagascar de Châlons. Un autre exemple d’ouvrage très connu est celui du lac-réservoir Marne, mis en service en 1974.

Dès 1985, en réponse à la crue de 1983, un schéma d’aménagement hydraulique du bassin est mis en place. S’en suivent plusieurs interventions telles que la réalisation d’endiguements ou des travaux d’entretiens de cours d’eau.

Aujourd’hui, la politique tend également à informer la population sur les risques auxquels elle est exposée. Le but est de sensibiliser pour mieux anticiper et appréhender la situation.
Le Pays de Châlons-en-Champagne a décidé de mieux communiquer sur le risque inondation en consacrant le numéro #10 de son journal “Horizons communs” à ce thème.

Télécharger Horizons commun #10

 

Zoom sur : le lac-réservoir Marne

Visuel Mise en service : 1974
VisuelCapacité : 350 millions de m3
VisuelSuperficie : 4 800 ha
VisuelDigues : 20,3 km au total
VisuelAlimenté par les canaux de la Marne et de la Blaise
Visuel
Encerclé par 10 digues mesurant entre 5 et 20 m de hauteur, le lac constitue une véritable cuvette avec son sol imperméable. Initialement construit pour réguler les flots de la Marne et de la Blaise, il remplit une double fonction :
- Soutenir le débit des cours d’eau en saison estivale. L’eau stockée dans le lac est déversée dans les cours d’eau selon les besoins afin d’éviter un débit trop faible dans les cours d’eau.
- Ecrêter les crues en saison hivernale et printanière. Afin de constituer ces réserves pour l’étiage, des canaux permettent de prélever une partie de l’eau de la Marne et de la Blaise. En période de crue, une quantité d’eau plus importante est dérivée vers le lac afin de limiter les débordements plus en aval.
Visuel
Géré par l’Etablissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs, il permet notamment de soutenir le débit de la Seine et de diminuer le niveau du fleuve de 10 à 15 cm à Paris. Pour la crue de 1910, on estime qu’il aurait permis d’abaisser le niveau de la Marne de 90 cm à Châlons-en-Champagne. Sa gestion représente donc un fort enjeu pour le TRI de Châlons-en-Champagne mais également pour l’agglomération parisienne. Seulement, comme tout ouvrage, le lac du Der a ses limites !
…quand il est presque plein !
L’efficacité du lac-réservoir est fortement limitée en cas de crues printanières (mai – juin). En cette saison, l’ouvrage est déjà rempli à près de 90 % de sa capacité afin d’anticiper sa mission de soutien d’étiage pour l’été à venir.
barrage 01
barrage 01
… car il ne régule pas les apports de tous les cours d’eau !
La Saulx, principal affluent de la Marne, conflue au niveau de la commune de Vitry-le-François. Elle se jette donc dans la Marne en aval du lac-réservoir. Si elle entre en crue, ses apports supplémentaires font réagir la Marne sans que le lac-réservoir ne puisse avoir une quelconque influence.
Carte
… parce qu’il estompe les mémoires

Le lac est efficace pour les crues de petite ampleur dites de « fortes probabilités » et permet, dans ces cas, d’éviter les inondations. En supprimant ces débordements les plus courants, la présence de cet ouvrage fait oublier aux acteurs locaux que les inondations de la Marne constituent encore aujourd’hui un risque réel.
Pour en savoir plus : http://www.seinegrandslacs.fr/lacs/lac-reservoir-marne